Prologue
Jeudi 8 avril 1998
Toute la famille s’était réunie pour son seizième anniversaire. Sa mère, radieuse dans sa robe fleurie, affichait un sourire ému. Son beau-père, impassible dans son costume gris, gardait le visage fermé. Ses grands-parents, vêtus des habits traditionnels, observaient la scène avec fierté. Autour d’eux, oncles, tantes et cousins riaient, bavardaient, prenaient des photos.
Danaline avait passé la journée entourée de ses proches, jusqu’au moment tant attendu du gâteau. Puis, à 18 heures, elle avait rejoint ses meilleures amies, Mei et Huan, dans l’hôtel que possédait sa famille, en plein cœur de Tianjin, au nord-est de la Chine. Une salle privatisée avait été décorée pour l’occasion, avec guirlandes lumineuses, ballons pastel et musique. Presque tous ses camarades de lycée étaient venus.
Mais c’était surtout la présence de Tao Wong, son petit ami, qui la rendait heureuse. Élégant dans son costume noir, il avait ce sourire tendre qui la faisait toujours fondre. Depuis un an, il n’avait cessé d’être attentionné et respectueux. Elle l’aimait. C’était avec lui qu’elle voulait construire sa vie. Personne d’autre.
Et pour que ce rêve devienne réalité, elle devait mettre son plan à exécution. Ce soir.
Elle avait dansé dans les bras de Tao, portée par la musique, par l’illusion d’un avenir radieux. Elle imaginait leur mariage, leur départ pour Pékin. Elle serait maîtresse en maternelle, jusqu’à l’arrivée de leur premier enfant. Tao, lui, ouvrirait son cabinet médical. Ils auraient un petit appartement, des plantes au balcon, et des photos sur les murs. Ils seraient heureux. Mais tout cela dépendait de ce qu’elle ferait cette nuit.
Pour se donner du courage, elle avait bu un peu d’alcool, juste assez pour chasser le tremblement dans ses mains. La soirée s’était terminée en douceur. Tao l’avait raccompagnée jusque chez elle. Il était presque une heure du matin.
En poussant la porte de sa chambre, elle ne fut pas surprise de le voir. Son beau-père était là, assis près de la fenêtre, comme à son habitude. Il l’avait vue dans la voiture avec Tao. Il la surveillait toujours.
Danaline laissa échapper un soupir. La nuit allait être longue.
— Tu es rentrée tard, Dana, dit-il d’un ton faussement calme.
— C’est mon anniversaire, Zhen, répondit-elle avec une douceur forcée.
— Je te l’accorde… Et dans la voiture ?
— Je le remerciais de m’avoir raccompagnée. Ça ne signifie rien. Tu le sais, n’est-ce pas ?
Il ne répondit pas. Il s’avança vers elle. Son pyjama à rayures flottait légèrement à chacun de ses pas. Ses traits étaient tirés, marqués par les nuits sans sommeil, rongées par l’obsession. Ses yeux noirs étaient consumés par une jalousie malsaine, brûlants d’un désir qu’elle avait appris à reconnaître — et à redouter
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