Chapitre 1
Brianna
Aujourd’hui, j’ai dix-huit ans. Et pour une fois, je sais exactement ce que je veux comme cadeau.
Fénix Santiag.
Ça fait des semaines qu’on se tourne autour. Je lui plais, il me plaît, mais aucun de nous n’a encore osé aller plus loin. La semaine dernière, devant chez Madison, il m’a retenue par la main alors que j’allais partir. Il voulait savoir si je venais ce soir. Quand je lui ai répondu oui, il ne m’a pas lâchée tout de suite.
Depuis, je me demande s’il fera enfin le premier pas.
— Je ne pense pas que ce soit une bonne idée de sortir, Brianna.
Dans le miroir, ma mère apparaît derrière moi. Elle est restée devant la porte, les bras croisés, et je reconnais déjà l’expression qui accompagne chacune de mes demandes de sortie.
— Maman, s’il te plaît. On en a parlé.
Je lisse ma robe sur mes hanches avant de me tourner légèrement pour vérifier le dos. Pour une fois, je n’ai pas envie de me changer juste avant de partir. La robe me va bien, ma coiffure aussi. Même mon trait d’eye-liner est à peu près le même des deux côtés.
— Tu sais très bien ce qui pourrait arriver, et je ne serai pas là pour…
— Je serai avec Madison et Ciara, pas toute seule au milieu de nulle part.
Elle pince les lèvres. Je connais la suite : « Tes copines ne pourront pas toujours veiller sur toi, on ne sait jamais sur qui on peut tomber, les choses peuvent vite mal tourner, bla-bla-bla. J’ai eu droit à ce discours pour les soirées, les week-ends chez les copines et même les sorties en journée. Et comme toujours, je me retrouvais coincée chez moi.
Je me retourne vers elle.
— J’ai dix-huit ans. Tu peux pas continuer à t’inquiéter chaque fois que je sors.
— Tu crois que ça s’arrête parce que tu as dix-huit ans ?
Sa voix est plus douce, et je sens déjà mon assurance flancher. Je détourne les yeux pour attraper mes boucles d’oreilles sur la commode.
— Je te demande juste une soirée.
Jusqu’ici, mes anniversaires, c’était un gâteau dans la cuisine, ma mère en face de moi et une photo avant de souffler les bougies. J’aimais ça, mais j’en ai marre de voir les autres s’éclater sans moi. Cette fois, les filles m’attendent, et Fénix aussi.
Je bataille avec le fermoir d’une boucle. Ma mère s’approche et écarte doucement mes doigts.
— Laisse-moi faire.
Je reste immobile pendant qu’elle l’attache. Ses mains sont fraîches contre mon cou. Lorsqu’elle a terminé, elle garde un instant les doigts sur mon épaule. Dans le miroir, nos regards se croisent.
— Garde ton téléphone près de toi, d’accord ?
Je me tourne aussitôt.
— Ok.
Elle hoche la tête, sans sourire. Ça me serre un peu le cœur. Je voudrais qu’elle soit contente pour moi, qu’elle me demande si Fénix sera là ou qu’elle me dise de m’amuser, mais elle regarde déjà vers la fenêtre.
— Alors ? je demande en reculant d’un pas. Comment tu me trouves ?
Son regard revient sur moi.
— Très jolie.
Elle remet en place une mèche qui n’en a pas besoin, puis quitte la chambre. Pendant quelques secondes, je reste à regarder la porte. Je pourrais la rejoindre, la rassurer encore une fois, mais un klaxon retentit dehors et je sursaute.
J’enfile ma veste, attrape mon téléphone et descends l’escalier en essayant de ne pas me tordre une cheville.
— J’y vais, maman !
— Fais attention à toi.
Sa voix me parvient du salon. Je lui promets que oui avant de refermer la porte. Le pick-up de Madison attend devant la maison. À travers le pare-brise, je vois Ciara agiter les deux bras comme si je risquais de les manquer. J’ouvre la portière arrière et grimpe en tirant sur le bas de ma robe.
— Qu’est-ce que tu foutais, Bri ? demande Madison dans le rétroviseur.
— Une négociation. Démarre avant qu’elle change d’avis.
Ciara se retourne vers moi, ses longs cheveux bruns accrochés au col de sa veste en cuir.
— J’ai failli venir te chercher.
— T’aurais fini dans le salon à boire une tisane pendant qu’elle lui trouvait de bonnes raisons de rester, dit Madison.
Je rigole. C’est exactement le genre de chose que ma mère aurait fait. Le pick-up bondit brusquement et je me retrouve plaquée contre le siège.
— Madison !
— Quoi ? C’est bon, je gère.
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